Edito
 
 
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Sna Jolobil, une coopérative textile du Chiapas :

de l’art au bout des doigts

 

Les tisserandes de la coopérative Sna Jolobil appartiennent toutes à l’une des vingt communautés Tzotzil et Tzeltal de la région de San Cristobal de las Casas. Ce sont les meilleures brodeuses du Chiapas.

« Il n’y a pas de critères spéciaux pour appartenir à la coopérative » explique Pedro Meza, président de la Sna Jolobil. « Il faut savoir très bien tisser et le travail doit être accompli à la perfection. » Au Chiapas, toutes les femmes savent tisser et broder depuis la tendre enfance. Ce qui rend la tâche de Pedro encore plus difficile car il ne doit choisir que les meilleures.

Sna Jolobil a été fondée en 1978, sous les auspices du “Fondo Nacional para el Fomento de las Artesanías” (Fonds national pour le développement de l’artisanat), et compte aujourd’hui 800 tisserandes. « Lorsque j’ai créé la Sna Jolobil, nous voulions réunir des tisserandes qui tissaient de façon isolée et leur donner l’opportunité de mieux vendre leurs produits et de partager leur savoir faire » poursuit-il.

Les objectifs fondamentaux de Sna Jolobil sont directement liés au développement et à la revitalisation des techniques traditionnelles de l’art textile maya. Au cours des premières 25 années de fonctionnement de cette association, les membres de Sna Jolobil ont orienté leur développement vers de nouveaux objectifs à caractère culturel et social. On accorde notamment une plus grande importance à l’étude et à la reproduction des motifs et symbolismes anciens qui figurent dans les vêtements utilisés lors des rituels de la culture maya ; grâce à l’effort collectif, on retrouve par exemple les graphismes et les techniques les plus anciennes des rituels de Yaxchilan dont l’apogée se situe à l’époque classique (de 300 à 600 ans a.c). Une collection de “huipiles” et de vêtements tissés qu’on utilisait lors des rituels traditionnels des communautés indigènes de Los Altos du Chiapas est créée et sert en quelque sorte de “bibliothèque”, de référence, afin d’encourager les communautés des jeunes artisanes.

La promotion et la vente des différents produits textiles, élaborés au moyen de la technique préhispanique du métier à tisser à la ceinture, fournissent aux familles indigènes de cette organisation 70% de leurs ressources économiques ainsi que des contacts socioculturels avec le monde extérieur. « L’aspect financier est important, mais il n’est pas le motif essentiel » assure toutefois le directeur. « Les femmes qui appartiennent à la coopérative ne gagnent pas un salaire à proprement parler, ce qu’elles vendent ne leur permettrait pas de vivre. La coopérative leur assure un revenu supplémentaire proportionnel à ce qu’elles vendent ». Un revenu qui fait la différence à la fin du mois et qui leur permet d’acheter des médicaments ou des livres scolaires pour leurs enfants !

La création et mise en place de Sna Jolobil n’a pas été chose facile. Les problèmes auxquels se sont heurtées les artisanes ont été nombreux : depuis convaincre leurs époux et les faire participer afin que les représentantes élues puissent se rendre chaque mois aux réunions de San Cristóbal de las Casas, jusqu’à chercher les moyens en vue de la capitalisation et définir la portée et les objectifs de leur organisation.

Afin de résoudre le premier de ces obstacles, plusieurs hommes ont été incorporés aux commissions des matières premières, d’autres ont accompagné plusieurs fois leurs épouses puis ont cessé progressivement de le faire. En second lieu, les membres de l’association ont obtenu l’appui de divers organismes nationaux et internationaux, ce qui a permis le démarrage du programme de distribution avec des matières premières de bonne qualité. En troisième lieu, lors de cette première étape, ils ont décidé d’installer une boutique ouverte tous les jours au public, ce qui leur permet d’avoir leur propre voie de commercialisation. Relever tous ces défis et bien d’autres a été une constante pour une organisation nettement indigène, où l’on trouve un fort degré d’analphabétisme, voire de monolinguisme. La plupart des femmes ne parlent que leurs langues maternelles, le tzotzil et le tzeltal, langues dans lesquelles se tiennent leurs réunions et se font leurs transactions. « Chaque communauté a ses propres broderies, ses propres motifs qui se transmettent de génération en génération. Les motifs se répètent mais ont tous une origine locale différente liée à la représentation du monde que s’en fait la communauté. »

Sna Jolobil entend bien préserver cet héritage et se bat pour retrouver dans les musées ou tout simplement sur les pyramides, les motifs d’autrefois. La tenue vestimentaire des descendantes des Mayas comme les fameux huipils, tuniques blanches brodées, est aujourd’hui devenu un art qui a sa place dans les plus beaux musées mexicains et qui se vend à prix d’or. Grâce à l’appui de différentes institutions telles que l’organisme de développement social et culturel Banamex, A.C., et à un groupe de bénévoles, une promotion plus importante aux plans national et international a été effectuée, ce qui a permis d’améliorer le niveau des ventes des tissus traditionnels en vue de l’élaboration de produits décoratifs. L’exemple des activités de la Sna Jolobil est ainsi devenu un point de référence pour d’autres groupes de tisserandes voisines.

Pour toute information complémentaire, contactez Maricarmen Ballesteros

 

 

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