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Mexique aura vécu trois siècles d'ordre et de calme
relatif sous le royaume de la Nouvelle Espagne, avant que n'éclate
en 1810 la Guerre d'Indépendance.Ce conflit qui durera
10 ans sera aussi la première guerre civile du Mexique
qui déchirera des familles entières.
La
situation mexicaine se stabilisera ensuite dans le dernier tiers
du 19ème siècle, avec les règnes successifs
de Benito Juarez, Maxilimien et Porfirio Diaz. Ce dernier
président sera réélu pendant près de
36 ans, et l'on assistera sous son "règne" à
une période de démarrage économique du Mexique,
en parallèle avec celui de l'Europe, mais aussi avec celui
de l'Amérique Latine.
1910
marquera le début de la révolution mexicaine,
autre sanglant conflit civil et le pays ne se stabilisera pas avant
20 ans, avec la création en 1929 du Partido Nacional Revolucionario
(rebaptisé PRI en 1946), qui gouvernera le pays jusqu'en
juillet 2000.
Mais
comment la révolution mexicaine a-t-elle réellement
commencé?
La révolution mexicaine aura été à l'origine
un mouvement strictement politique, sans revendications sociales.
La réforme agraire et la nationalisation des puits de pétrole
entres autres acquis postérieurs n'en ont pas été
les causes mais les conséquences. Le Mexique de 1910
avait une constitution démocratique semblable à celles
des pays européens que Porfirio Diaz, président de
l'époque savait aussi "altérer" à
ses fins électorales. En 30 ans de pouvoir, le pays avait
profondément changé: la population totale avait été
multipliée par deux, et la population urbaine par dix.
Le
Mexique était déjà le pays des chemins de fer,
des routes, du téléphone, de la presse, grâce
notamment aux importants investissements étrangers qui y
avaient été faits. Une petite élite bourgeoise
cultivée s'était formée, prête à
prendre la relève de Porfirio Diaz en 1910, puisque celui-ci
avait annoncé en 1906 à la presse internationale qu'il
ne se représenterait pas quatre ans plus tard "le Mexique
étant prêt pour la démocratie".
Losque
Porfirio Diaz se représente finalement en 1910, Madero
un jeune libéral idéaliste issu de l'élite
économique et intellectuelle du pays, se lance dans la première
campagne politique moderne du Mexique avant d'être arrêté
par son adversaire. Porfirio Diaz est finalement élu,
Madero dénonce la fraude et est exilé aux Etats-Unis
d'où il organise une révolution sur rendez-vous à
laquelle participeront 200 sympatisants qui seront rapidement dispersés
par l'armée. Le nord du pays s'enflamme, et une petite
guerilla s'installe dans ces territoires séparés à
l'époque de l'état de Mexico par plus de 1000 km de
désert. Apparait au printemps 1911 le "ranchero"
(gros fermier) Emiliano Zapata, qui prend la tête d'un mouvement
de rebelles dans son état de Morelos. Diaz, dans un élan
de patriotisme, et afin d'éviter un imminent débarquement
américain à Tampico, démissione avant d'être
exilé à Paris. De nouvelles élections,
les premières non frauduleuses de toute l'histoire du Mexique
sont organisées. Madero est élu à 80% des suffrages
contre 20% pour le candidat porfirien.
Madero
restera 2 ans au pouvoir avant d'être brutalement assassiné
en Février 1913, victime d'une conspiration menée
par son propre commandant des armées, le général
Huerta. Longtemps considéré par ses contemporains
et les historiens comme un président sans préoccupations
sociales, victime de la presse qu'il avait lui-même libérée,
Madero travaillait en fait à l'époque de son assassinat
sur un projet de réforme agraire et de mise en place des
syndicats entre autres chantiers à caractère social.
L'on peut donc imaginer que la pérennité de son régime
- le premier régime véritablement démocratique
du Mexique- aurait pu éviter les sanglants épisodes
de la révolution à venir, d'autant plus que Madero
jouissait de la considération du président des Etats-Unis
Woodrow Wilson, qui prendra ses fonctions un mois à peine
après l'assassinat du leader mexicain.
C'est
curieusement un autre américain Wilson, ambassadeur des Etats-Unis
à Mexico, républicain et conservateur, grand admirateur
de Porfirio Diaz qui jouera un rôle clé dans la chute
de Madero. Il convaincra en effet le général Huerta,
de s'allier à un groupe de rebelles mené par Félix
Diaz -neveu de Porfirio- libéré par des militaires
sympathisants. Le centre historique sera pratiquement rasé,
les cadavres s'amoncelleront, et les ambassadeurs et le congrés
où Madero n'avait pas la majorité exigeront que Madero
démissione pour que cesse ce massacre. Madero sera arrêté
par Huerta et assassiné. Huerta dirigera alors un gouvernement
révolutionnaire qui réavivera les mouvements de contestation
dans tout le Mexique, mais devra abandonner la présidence
en 1914, après l'intervention des Etats-Unis à Veracruz:
le Mexique deviendra alors pour 7 ans un champ de bataille, proie
des seigneurs de la guerre pour qui la paix ne présentait
aucun intérêt.
Au
terme de ce conflit, le pays sera en ruines économiques et
sociales.
Le
Mexique entrera dans une époque de reconstruction à
partir de 1921, mais celle-ci sera brutalement interrompue par
le tragique conflit église/état de 1926-1929, la
troisième guerre civile du pays, celle d'une guerilla
paysanne catholique contre une armée de métier qui
saccagera tout sur son passage.
En
1929, le président Calles instaurera un modus vivendi afin
de mettre fin au conflit, aidé par l'Ambassade de France,
qui jouera un rôle de médiateur entre le Vatican et
le gouvernement mexicain. 1929 sera aussi l'année de la création
du Partido Nacional Revolucionario, ancêtre du PRI, qui restera
au pouvoir plus de 70 ans.
La
révolution mexicaine se finalisera dans la décade
des années 30, sous la présidence de Cardenas
qui mènera à bien la réforme agraire de
1934-1938: les grands domaines seront redistribués en
usufruit entre des millions de paysans, les communautés rurales
en recevant la propriété (l'ejido) afin d'éviter
la revente ou la location des parcelles. Cette réforme permettra
au pays d'éviter les guerillas des campagnes pendant près
de 50 ans. Cardenas nationalisera par ailleurs en 1938 les compagnies
étrangères pétrolières et minières,
et le Mexique entrera sous son mandat (1934-1940) dans une période
de paix civile et de prospérité.
La
révolution mexicaine n'était donc pas inévitable.
Le maintien au pouvoir de Madero aurait permis au Mexique de continuer
sur sa lancée démocratique, tout en bénéficiant
des bénéfices d'une réforme agraire garantissant
la paix sociale du pays. Ce processus politique brutalement interrompu
en 1913, ne sera repris qu'en 1975, lorsque le Mexique entamera
sa transition démocratique.
*Jean Meyer, alsacien installé au Mexique depuis
près de 40 ans et historien de formation, est actuellement
professeur et chercheur au Centro de Investigacion y Docencia Economicas
(CIDE) où il dirige par ailleurs le département d'histoire.
Il a auparavant exercé en tant que professeur et chercheur
au Colegio de Mexico, au CNRS de Paris entre autres prestigieuses
institutions. Auteur
de plus de 30 livres, dont plusieurs des oeuvres les plus
importantes et les plus rigoureuses existant sur l'histoire du Mexique,
Jean Meyer a évoqué pour nous certains aspects de
la Révolution Mexicaine lors du café conférence
de Mexico Accueil du 12 Février dernier.
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