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1831
: Un ex-officier de l’Armée Napoléonienne
Etienne GUENOT vient en voyage au Mexique. A peine
débarqué à Veracruz, il attrape la
fièvre jaune, maladie déjà assez répandue
sur presque toutes les côtes mexicaines…Heureusement
un médecin se trouve là, français lui aussi,
au service du gouvernement mexicain pour étudier les causes
de ce fléau et y apporter des remèdes. Son compatriote
guérit par miracle. Et déjà Guenot a une idée
en tête : établir une Colonie Agricole au Mexique.
Voilà que le docteur possède une vaste propriété
près de Nautla, à une soixantaine de kilomètres
au nord de Veracruz, sur la côte. Pourquoi pas l’implanter
à cet endroit ?
Guenot achète donc une énorme extension de terrain
près du docteur pour 800 pesos, au lieu nommé Jicaltepec,
puis rentre en France commencer sa propagande au cœur de sa
Bourgogne natale, auprès des paysans du
coin.
Pas facile semble-t-il d’arracher à leurs vignes ancestrales
ces braves bourguignons du terroir. Mais pensons un instant aux
dures conditions qui sévissaient à l’époque
dans cette région : récoltes anéanties par
des gelées successives, vignes ravagées par le phylloxéra…
Ne valait-il pas mieux s’engager sur les pas de Christophe
Colomb, même plus de 300 ans après, vers ce Nouveau
Monde plein de richesses, aux terres fertiles et à l’excellent
climat ?
Guenot marchand de rêves savait convaincre, et le 24 Avril
1833 signait un Contrat à Dijon avec les futurs expatriés
et fondait la « Compagnie Franco-Mexicaine
» :
98 personnes des deux sexes s’engageaient à venir habiter
pour une durée de 9 ans au Mexique avec un salaire de 300
Francs annuel pour les hommes, 175 pour les femmes !
Ces 98 Colons originaires de la Haute Saône, de la Haute Marne,
la Côte d’Or et de l’Yonne, quittaient pour la
première fois leurs villages natals pour se retrouver à
Paris qu’ils n’avaient encore jamais vu, et de là
se rendre au Havre afin de s’embarquer sur « L’Aigle
Mexicain »…
Voyage
long et pénible : après presque 3 mois de traversée
agrémentée d’une épidémie de choléra,
nos voyageurs débarquent plus morts que vifs- c’est
vraiment le cas de le dire- à Veracruz. Pas pour
autant au bout de leurs peines, car il leur faudra un mois supplémentaire
pour atteindre Jicaltepec !
Et
c’est ici que le rêve se transforme en cauchemar : Car
en plus du climat tropical humide et chaud propice aux maladies
–toujours la fameuse fièvre jaune-
l’endroit est recouvert de jungle, totalement isolé,
inhabité ou presque et sans aucune voie de communication
vers l’extérieur. Ne parlons pas non plus des nuages
de moustiques qui vous dévorent et pire encore : la région
est infestée d’animaux venimeux, dont les plus redoutables
sont les serpents « Nauyaqui » aux morsures
mortelles !...
Rien n’a été prévu pour l’installation
des colons. Seules quelques cabanes misérables de bambous
et de palmes attestent une présence humaine de lointains
descendants totonaques.
Naturellement aucun médecin et encore moins de médicaments
pour lutter contre tous les nouveaux fléaux inconnus des
bourguignons !
Que faire dans ces conditions ? Pas question de rentrer
au pays…avec quoi ? Ils avaient tout quitté,
tout vendu, tout abandonné en France pour une vie meilleure….
Rien à faire face à l’adversité : Ils
commencèrent donc à défricher à la hache,
à construire des cabanes, à cultiver du mais et des
haricots, nourriture de base des autochtones. Ils se mirent à
fabriquer aussi des canots dans des troncs d’arbres pour pouvoir
communiquer par le fleuve avec Nautla, sur la cote, et
tenter d’écouler par là un surplus de production
contre du sel- provenant de Campeche - et vital pour la
conservation des aliments.…Bientôt les colons vont commencer
à cultiver aussi le Tabac, et la Vanille.
Avec très peu de rendement pour cette dernière, car
la méthode de fécondation artificielle (déjà
expérimentée en France dans les jardins botaniques
de Paris depuis 1840) ne leur sera connue jusqu’à la
fin des années 70.
Bien sûr chasse et pêche constituaient les activités
complémentaires essentielles des nouveaux habitants.
Mais
il fallait attirer de nouveaux colons : pour cela
un émissaire envoyé en France s’employait à
peindre la situation sous les meilleurs auspices : Terres fertiles,
climat agréable, travail facile, récoltes abondantes
!
Et pendant ce temps, un ouragan dévastait
la région et saccageait toutes les récoltes…en
1861 ce fut la rivière qui déborda
causant des pertes irréparables, tout disparaissant sous
les eaux pendant des semaines…en 1862 nouvelle épidémie
de fièvre jaune qui causa la mort de 300 personnes
au moins…
Ignorant tout de ces désastres, de nouveaux arrivants débarquaient,
floués eux aussi, et remplaçant à peu près
les personnes disparues…
Finalement
à force d’un travail acharné et renouvelé,
la communauté renaissait et la production repartait…Mais
toutes ces terres maintenant mises en valeur étaient maintenant
réclamées par le puissant Cacique du coin, un certain
Celso Acosta. Déjà il faisait assassiner froidement
Darius Bourillon qui osait s’interposer au nom de la Communauté.
Pas
de doute : le mieux était de quitter Jicaltepec
et d’aller s’installer de l’autre coté
de la rivière. Mais ce nouvel établissement des colons
ne fut possible que grâce l’intervention d’un
homme hors du commun Rafael Martinez de la Torre.(Une
ville de la région porte aujourd’hui son nom)
Avocat de son état, il avait été le défenseur
de Maximilien avant son exécution en 1867.
En cette année 1874 il s’avisait d’aider les
Colons français en rachetant des terres comptant, les divisant
par la suite en petits lots et les vendant à tempérament
aux colons à prix très bas.
C’était inespéré. Une nouvelle Communauté
fut fondée et prit le prénom du philanthrope :
San Rafael .
Dans les années 1880, Meunier céda un terrain pour
fonder une Ecole où le premier maître François
Bernot donnait les cours en français et en espagnol !
Puis Jean Capitaine céda un terrain pour construire un Cimetière,
un certain Oveilhe un terrain pour l’Eglise et dont les premiers
curés rédigeaient les certificats de première
communion en français. Luis Meunier donna un terrain pour
la Prison…
Entre
1880 et 1900 la population augmenta, passant de
800 à 1000 habitants.
Les cultures d’exportation prospérèrent enfin,
notamment celle de la Vanille (la meilleure du monde), qu’il
fallait désormais faire garder par des gens armés
nuit et jour !
Jusqu’au
milieu du XXème siècle les pratiques traditionnelles
franc-comtoises restèrent très ancrées dans
la Communauté. Les anciens parlaient encore français.
Puis, bien sur les années aidant, l’intégration
mexicaine se fit de plus en plus évidente…
Aujourd’hui
Jicaltepec est toujours un village paisible, tropical et
exotique, avec ses 850 habitants. Les maisons ont conservé
leurs toits en pente aux tuiles plates, typiquement bourguignonnes.
San Rafael de l’autre coté du fleuve est une
petite ville de 6000 habitants. Elle conserve aussi quelques
habitations de style bourguignon, uniques au Mexique.
Si
vous visitez un jour cette magnifique région, ne manquez
pas d’aller voir aussi les maisons très typiques des
premiers colons, pas loin de la ville, au milieu des bananiers,
aujourd’hui principale culture dans le secteur.
Le charmant cimetière vous en dira long aussi sur tout ceux
qui abandonnèrent patrie, famille et amis en France, débarquant
ici en des temps difficiles, se donnant corps et âme, avec
courage et volonté inébranlables pour mettre en valeur
des terres o combien ingrates et hostiles.
Leurs descendants actuels encore de sang français, mais surtout
mexicains, peuvent être fiers de leurs noms et de la race
de leurs ancêtres !

B. Martel
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