SON
ENFANCE
Juana Inés est née à San Miguel Nepantla, au
pied du Popocatepetl, en 1648.
C'est une fille naturelle. On ne sait rien de son père. Elle
ne l'a jamais connu. Elle portera donc le nom de sa mère.
Elle
est issue d'une famille créole, qui est locataire de l'Hacienda
de " Panoaya ", propriété de l'église,
qui existe toujours, très bien entretenue, un km avant d'arriver
à Amecameca..
Son
grand-père : Il aura une influence déterminante sur
sa vie. Il sera le substitut de son père. C'est son idole,
il est cultivé, il aime les livres. Juana est à bonne
école : elle découvre la lecture et la passion du
savoir avec lui. Pourtant, les livres au XVII siècle c'est
une affaire d'hommes seulement (clergé essentiellement)
quand il meurt, elle n'a que 8 ans
En
l'absence du père, la mère de Jeanne a un amant :
Diego Ruiz, avec qui elle va avoir un autre enfant, demi-frère
de Jeanne. Jeanne est tiraillée entre le fantôme d'un
père absent et un intrus omniprésent : son beau-père.
Ce conflit est sublimé à travers les livres, l'avidité
de connaissances, la culture
le savoir va purifier son état
bâtard. La bibliothèque c'est son refuge. Jeanne se
replie sur elle même, préfiguration de la cellule et
du couvent.
LA
VIE A LA COUR
Bientôt, d'ailleurs sa mère ne la veut plus. Elle est
sans doute gênante. Elle l'envoie chez sa sur à
Mexico. Jeanne a 16 ans. Elle est ravissante. Elle est seule, désemparée
Le destin lui sourit enfin : elle est présentée à
la femme du Vice-Roi, qui vient de débarquer à Mexico
: la Marquise de Mancera.
L'intelligence,
la discrétion, la grâce, le désarroi de la jeune
fille impressionnent immédiatement la Marquise. Elle la prend
à son service. Car la Vice-reine est raffinée, et
cultivée. Une véritable affinité affective
et spirituelle va naître entre ces deux femmes, qui vont passer
4 ans ensemble, au palais.
La Cour des Vice-rois est brillante à cette époque:
fêtes, bals, cérémonies diverses se succèdent.
Jeanne
commence à écrire, sans arrêt : des poèmes,
des ballades, des comédies, des tragédies
elle
est courtisée par de jeunes galants, tant elle est belle
et brillante.
Mais les origines bâtardes sont là. Sans nom et sans
fortune, tout mariage est inconcevable.
LE
COUVENT
Jeanne décide brusquement de tout abandonner. Elle entre
au Couvent de San Jerónimo, au centre de Mexico. Elle a 21
ans. A-t-elle la vocation ? -Evidemment non !
Mais seul le couvent lui permettra de continuer à se cultiver
et à écrire. Impossible d'être lettrée
vieille fille ou mariée. Par contre religieuse lettrée,
c'était à la rigueur permis.
Problème : pour rentrer au couvent il faut une dot, et être
fille de famille reconnue.
Là encore la chance lui sourit une 2ème fois : son
confesseur à la cour lui a trouvé un parrain richissime
qui paye l'énorme dot de 3000 pesos or . Une fortune ! C'est
bien le palais qui lui a ouvert les portes du couvent.
Sa mère lui offre pour sa prise de voile une esclave qui
habitera avec elle dans sa cellule, 10 ans durant (après
quoi elle la vendra pour 250 pesos).
Elle achète sa cellule, toujours grâce au parrain.
Plus qu'une cellule, c'est d'ailleurs un véritable appartement
de 2 étages où s'installe la jeune fille (" con
sus altos y bajos ").
On y trouve : cuisine, salle de bain , chambre et salon bibliothèque
! Car au cours des années elle va constituer la plus belle
bibliothèque du Mexique et d'Amérique : 3000 volumes.
Elle va aussi collectionner toutes sortes d'instruments musicaux,
car elle enseigne la musique au couvent, de même que la danse
et le théâtre
Cela ne lui suffit pas : elle est élue plusieurs fois trésorière
et archiviste, et dirige elle même les travaux d'agrandissement,
en complétant parfois la solde des ouvriers sur sa cassette
personnelle (car son uvre rapporte
)
SES
ECRITS :
Les Vice-rois se succèdent. 1680-88 : Les liens privilégiés
avec le palais se poursuivent sous la nouvelle vice reine, Maria
Luisa, Comtesse de Paredes.
C'est l'age d'or des écrits de Sor Juana, sa période
la plus féconde. Plus de 200 poèmes écrits,
dont la moitié de poèmes courtois, un quart de poèmes
érotiques !
En même temps elle compose aussi quand même quelques
poèmes et chants religieux .
Sor Juana recopie tout, assemble et expédie les écrits
en Espagne, aidée par la comtesse, où ils sont publiés
à plusieurs reprises. Incroyable pour l'époque !
Elle reçoit la visite de dames de la cour, de hauts fonctionnaires,
de membres du clergé, de militaires, et de voyageurs
C'est une célébrité américaine et européenne.
Une
question se pose : Comment les autorités ecclésiastiques
ont-elles pu permettre à une religieuse de se comporter de
la sorte, d'écrire sur des sujets aussi profanes ?
- Ecrire pour le palais lui apportait Indépendance, prestige
et pouvoir. Elle se sentait soutenue par les plus hautes autorités
civiles. Elle était reconnue jusqu'au delà des mers
L'ABJURATION
ET LA MORT
Trois facteurs pourtant, vont s'allier contre la religieuse et vont
l'obliger à se soumettre :
1.-Les
pressions incessantes de son confesseur, qui est aussi membre de
l'Inquisition, qui la pousse à renoncer à tout bien,
et à l'écriture ;
2.-La
personnalité du nouvel archevêque de Mexico : Aguiar
y Seijas, qui est un homme terrible, austère, intransigeant,
ennemi de tout luxe, et de tout divertissement. Il déteste
les femmes qu'il assimile au démon réincarné
sur la terre. Ne parlons pas d'une religieuse savante et mondaine
!
3.-La
plus grave crise qu'ait connue l'époque coloniale : durant
tout l'été 1691 et au delà, il pleut des semaines
entières. Les cultures sont ravagées, les maisons
en torchis s'écroulent, la ville est redevenue un lac. Il
n'y a plus rien à manger. C'est la panique. La populace s'en
prend aux accapareurs, c'est l'émeute généralisée
Très
vite on accuse le Vice roi, impuissant à gérer la
situation. Pour l'Eglise tout cela est le châtiment de Dieu
contre la vanité des hommes : elle en sort renforcée.
C'est
la victoire de l'Archevêque contre le Vice-Roi.
Tout
cela affaiblit la position de Sor Juana et met à bas l'édifice
qu'elle a bâti pendant plus de 20 ans. Elle se sent elle-même
coupable face à Dieu, apeurée et sans protection.
Il ne lui reste qu'à s'incliner et à se repentir
1693 : Sor Juana se rétracte et renonce à tout. Elle
remet tous ses livres à l'archevêque qui les vend au
plus bas prix, ainsi que tous ses instruments de musique.
Ainsi fut dispersée la bibliothèque d'un des plus
grands poètes que l'Amérique ait connu
Deux ans après, une épidémie se déclare
au couvent : 9 religieuses sur 10 sont touchées.
Sor Juana est contaminée à son tour au service des
malades et succombe.
Elle avait 46 ans
CONCLUSION
Pour une fois nous devons féliciter les autorités
d'avoir parfaitement restauré le Couvent de San Jeronimo,
un des mieux conservés de la ville, et d'y perpétuer
aussi les lettres et le génie de Sor Juana dans ses murs,
qui accueillent aujourd'hui une Université.
Quoi de mieux que de voir défiler des étudiants à
l'endroit même où se trouvait jadis sa cellule et son
âme, avide de connaissances
Et
si le coeur vous en dit, rendez-vous aussi un week-end à
Amecameca (à 3/4 heure de Mexico) au pied du Popo, visiter
l'Hacienda de Panoaya, dont les murs et les jardins (60 hectares)
pleins de charme sont intacts depuis le XVII ème siècle,
quand elle était toute petite fille
Tout un pan de l'histoire du Mexique !
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