Quand
les Espagnols arrivèrent à Tenochtitlán,
la ville aztèque fut rasée et reconstruite en tirant
partie des anciennes rues et chaussées qui accédaient
à la capitale.
L'ancienne ville était, on le sait, entourée de lacs
de toutes parts, peu profonds, que les Aztèques avaient commencé
à assécher d'après la technique des "
chinampas " en formant des canaux parallèles.
Les Espagnols se rendirent compte de l'importance de ces canaux
pour subvenir aux besoins de la nouvelle capitale.
Durant
toute l'époque coloniale et jusqu'à l'aube du XX siècle,
ces canaux arrivaient jusqu'au cur même de Mexico
et furent le principal moyen d'acheminement de toutes sortes
de marchandises.
Les principaux embarcadères étaient ceux de
Churubusco, Chalco et Xochimilco au sud de la vallée.
De là, une nuée de commerçants apportaient
quotidiennement aux différents marchés, fruits, légumes,
fleurs et autres denrées à l'aide d' embarcations
en bois appelés " canoas " ou aussi " trajineras
" . Même des régions les plus éloignées
comme la vallée de Puebla ou de Toluca, les produits étaient
acheminés jusqu'à l'un des embarcadères d'où
ils étaient transportés vers le centre ville.
Un indien, tout habillé de coton blanc, debout sur le bord
avant de chaque barque, et muni d'un long bâton qu'il plantait
dans le fond vaseux du canal, lui permettait d'avancer tout doucement.

Le
principal canal au cur de la ville était incontestablement
" la Acequia Real " qui atteignait après
2 kms. et demi les abords du Palais National (actuellement : calle
Corregidora - voyez la largeur de la rue ! ) d'où il
traversait ensuite le Zócalo sur sa partie sud, entrecoupé
de ponts pour permettre le passage à pied des habitants.
De là il s'engouffrait dans l'actuelle rue " 16 de Septiembre
" alors bordée d'arcades vers l'actuel " Eje Central
", parcourant encore 2 kms.
Je
ne citerai que quelques noms des autres canaux qui traversaient
la ville de part et d'autre : Acequia de Santo Domingo, de Santa
María la Redonda, de Alvarado, de El Carmen, del Chapitel,
del Tezontlate
tous parcourant des distances comprises entre
2 et 4 kms. dans tous les sens. Imaginez qu'en 1784 on ne
comptait pas moins de 52.385 embarcations et 81.217 en
1861 !
L'importance
de ces canaux aussi bien pour le commerce que pour drainer les eaux
de la ville, était donc capitale ! Malheureusement déjà,
les citadins peu disciplinés, y jetaient quantité
d'ordures , le service de voirie étant inexistant, il est
vrai
Ces ordures pourrissaient et s'accumulaient, empêchant
le bon écoulement des eaux entres les différents canaux.
La circulation des nombreuses " trajineras " devenait
alors impossible. Ajoutez à cela la baisse du niveau des
eaux durant la saison sèche, et les inondations en été,
vous avez une idée du désastre !
D'où
la nécessité impérieuse pour les autorités
de conserver à peu près propres les canaux et en bon
état de fonctionnement. Un " mantenimiento " constant
était de mise. Et pour cela on n'hésitait pas à
faire appel aux villages environnants de Coyoacán ou Xochimilco,
qui envoyaient gratuitement leur contingent d'indiens pour faire
la besogne
si nécessaire on faisait même appel
à ceux de Cuernavaca ou de Toluca
Le
dimanche, il était d'usage pour beaucoup, encore sous le
" Porfiriat ", vers 1900, d'aller en excursion aux abords
de la ville : seulement quelques rues à faire à pied
et l'on atteignait la pleine campagne, qui s'étendait à
perte de vue jusqu'aux volcans
Le "paseo de la Viga" était réputé
pour son canal très élargi et bordé de larges
chaussées plantées de saules où s'entrecroisaient
des voitures à cheval. Tout au plus quelques troupeaux et
quelques rares maisons de villégiature aux alentours
nombreuses " pulquerias " bien sûr !
(On a
peine à croire que ce décor ait laissé place
aujourd'hui à une sinistre avenue en macadam comme tant d'autres,
qui se fond dans l'immensité du D.F. !) Là aussi,
quantité de barques de toute espèce, attendaient les
promeneurs toutes classes confondues. Toute une animation régnait,
étals de fruits divers, musique et chansons, rendez-vous
d'amoureux, bals champêtres
on avait même inauguré
une petite navette à vapeur " el vaporcito " sur
ces eaux tranquilles pour le plaisir des citadins
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