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Du " Centro Historico " a San Angel … L 'Hôpital Royal des Naturales.

Vous vous êtes sans doute déjà promenés le week-end dans les ruelles coloniales et pavées de San Angel, entre le Bazar del Sábado où exposent les peintres le samedi, et le somptueux restaurant-hacienda de San Angel Inn. Peut être êtes vous passés par hasard devant une magnifique porte cochère coloniale, en remontant la rue Juarez qui part de la place du " Bazar " pour aboutir à une autre placette, calme et ombragée, qui fait angle avec la calle del Arbol…

Personne ne se doute que cette merveille d'architecture qui se fond à loisir dans son nouveau cadre champêtre et rustique se trouvait à l'origine en plein centre de ville, sur San Juan de Letrán, rebaptisé plus récemment Eje Central, à quelques pas de la Torre Latinoamericana.
Personne n'imagine non plus sur quoi ouvrait cette immense porte. Pour cela replongeons nous aux XVI et XVII siècles :

C'est à l'époque de Charles Quint que l'on doit la fondation de l'Hôpital " Real de Naturales ", naturales signifiant Indiens, car étant réservé exclusivement aux indigènes, qui, encore après la conquête, versaient tribut pour les besoins de l'hôpital. Ces ressources étant encore insuffisantes, l'hôpital décida d'accueillir des représentations théâtrales en mettant à disposition pour cela son immense patio où prit place une imposante structure de bois . Les malades étaient totalement privés d'air et de lumière à cause des installations de la salle et de la scène. Qu'importe ! Ces désagréments valaient bien, pour l'Hopital,des espèces sonnantes en retour…Des chanteurs, des danseurs et des musiciens venus d'Italie via l'Espagne s'y produisaient à tout moment.

A côté de là, Pierre de Gand, un des premiers moines franciscains arrivé 30 ans après Cortés, fondait la chapelle " San José de los Naturales ", elle aussi dédiée aux indigènes, qui beaucoup plus qu'une église, devint, par son intermédiaire, un véritable centre d'enseignement technique destiné à apprendre aux indiens les métiers qu'ils ignoraient : le travail du cuir, du fer, mais aussi la musique et la peinture. Véritable creuset culturel, où se mêlaient l'art et les techniques de la Renaissance européenne avec la tradition amérindienne…

Que reste- t- il de tout cela aujourd'hui ?
L'avenue San Juan de Letrán a été considérablement élargie dans les années 1930. Pour cela on a dû sacrifier l'hôpital et la chapelle. De l'illustre Pierre de Gand ne reste que le nom de la rue piétonne (Pedro de Gante) non loin de là pour perpétuer le souvenir du vénérable grand homme…
Par miracle la porte cochère et son balcon qui permettaient d'accéder à l'immense patio de l'Hopital ont été conservés et transférés intacts, pierre par pierre, par le ministre des finances de l'époque, Montes de Oca, au Nº 3 de la place où on peut toujours les admirer aujourd'hui.

Dans ce nouveau contexte de San Angel tout provincial qui leur va si bien, qui croirait que ces portes ont vu passer (et périr) au cours des siècles des dizaines de milliers de malades indigènes, mais aussi accéder toute une série d' artistes de tout premier ordre, au cœur de la capitale de la Nouvelle Espagne ?
Un passé prestigieux, mais une retraite bien méritée aussi…

NB : Pour écrire ce texte je me suis inspiré en grande partie du livre : " Histoire de Mexico " par Serge Gruzinski ( Ed. Fayard), qui vécut 10 ans à Mexico comme chercheur au C.N.R.S, et dont je recommande vivement la lecture à tous les passionnés de la ville.

B.Martel

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